Collectif critique

    Les migrations entre passé et présent. I

    13 juin 2016

    Ce n’est pas la première fois qu’on parle d’une « crise des migrants » et que l’on cherche, comme aujourd’hui en Europe, en Turquie, en Malaisie, aux Etats Unis, comme au Kenya ou en Thailande, c’est-à-dire comme partout dans le monde, à les expulser, à les renvoyer dans leur pays d’origine ou à les expédier dans d’autres pays. Ce n’est pas non plus la première fois en Europe que l’on songe à expulser les immigrés les moins fortunés : l’Angleterre, ce pays le plus ouvert à l’immigration et à l’asile jusqu’au XXe, moins toutefois par humanitarisme que par mercantilisme et intérêt économique, émit en 1905 un Alien Act, pour empêcher l’entrée des migrants pauvres, le plus souvent des Juifs (...)

    Le mouvement contre la « loi travail » perfore le néolibéralisme

    5 juin 2016

    Une fois de plus, nous participons à un « mouvement social » qui ne ressemble à aucun autre. Pourquoi ? Justement parce qu’il n’a pas commencé comme un mouvement social, même s’il est en train de se transformer. C’est un mouvement formé de plusieurs forces convergentes, qui entrent en scène les unes après les autres, de manière décalée, agissant sur des plans différents de l’espace socio-politique : jeunesse précaire à cheval sur le lycée, la fac et le salariat, salariés-es de grandes et très petites entreprises du privé qui découvrent progressivement le contenu concret de la loi, mobilisation syndicale dans certains « bastions » en dépit des effets de l’offensive libérale depuis 30 ans. (...)

    Les droits de la personne et le modèle de l’entreprise

    25 mai 2016

    L’entreprise est aujourd’hui valorisée comme jamais elle ne l’a été auparavant. Elle donne lieu à tout un imaginaire au prisme duquel elle apparaît comme une promesse d’autonomie pour l’homme. Dans les discours managériaux elle est volontiers présentée comme le lieu dans lequel l’« humain » et les « relations humaines » se verraient reconnaître la première place, loin de toutes les pesanteurs bureaucratiques qui caractérisent le « monde extérieur ». Tout récemment, on a pu entendre des partisans de la loi travail défendre le renversement de la hiérarchie des normes (les accords d’entreprise doivent avoir priorité sur les accords de branche et les lois et règlements nationaux) au prétexte (...)

    Syrie : la guerre impensable...

    5 mai 2016

    La guerre a repris à Alep. Des bombardements, avec leur lot de victimes, les destructions, dont celle d’un hôpital... Dans les guerres c’est ainsi. Il peut y avoir des trêves, mais suivies de reprises des hostilités, avant peut-être une nouvelle trêve... On dit mener des négociations de paix (à Genève de préférence), mais sans empêcher la poursuite des affrontements sur le terrain, pour marquer des points, déplacer les lignes, et développer la propagande quant aux responsabilités de tous ces drames. C’est bien une guerre qui ravage la Syrie. Avec des centaines de milliers de morts, des millions de déplacés et d’exilés, des villes détruites, des trésors culturels millénaires pillés (...)

    Debout !

    2 mai 2016

    Nuit debout n’est pas facile à saisir. Le mouvement intrigue, déroute quand il n’inquiète pas. Pourtant, il prend de l’ampleur, malgré les hésitations et le peu d’engagement de ceux qui regardent s’agiter la jeune génération sans se donner les moyens d’écouter, de ceux qui restent impuissants face à ces anonymes qui marchent à côté de leur système de pensée. Or, comprendre cette forme d’expression nouvelle, en rupture avec le monde sans voix auquel nous étions contraints, c’est découvrir l’immensité d’une plainte souterraine si longtemps enfouie sous les décombres des modernités fictives. Depuis quelques années, à l’échelle de la planète, à la faveur de situations singulières, une partie de (...)

    Acquisition et transmission du savoir

    30 avril 2016

    Jamais autant de connaissances n’ont été mises à notre disposition par les outils numériques mais cette abondance fait illusion car elle réduit l’expérience acquise à un bien pesé à l’aune du néo libéralisme, un bien que les ordonnateurs et autres régulateurs du système veulent d’abord utilitaire, destiné à une application pratique et avant tout marchande au profit immédiat. De ce fait jamais la confusion entre savoir et connaissances n’a été aussi grande et jamais l’acquisition du savoir et sa transmission n’ont été aussi problématiques. En effet, ce que l’on nomme savoir n’est pas une addition de lectures et d’expériences, recherchées pour un usage précis, une acquisition rapide et (...)

    Pour l’émancipation : le droit d’avoir des droits

    28 avril 2016

    Posons la question sans détour : pourquoi y a-t-il un droit et un Code du travail ? Cette question a fait couler beaucoup d’encre chez les juristes, avant et après 1910 (date de première compilation du Code), et notamment chez ceux qui se situent dans la tradition du Code civil (1804, un siècle auparavant) sensé régler toutes les relations entre personnes, les litiges sur leurs biens, les problèmes de propriété, les conventions passées, etc. Il n’y avait donc nul besoin, dans cette compréhension, d’un droit spécial pour les relations de travail. Tout au long du 19ème siècle, la Cour de Cassation a cassé des jugements qui semblaient donner une dynamique d’extension collective, ou (...)

    38 mars 2016

    9 avril 2016

    Les articles affluent sur la nuit debout. Chacun y va de son conseil et le monde politique commence à s’inquiéter du devenir d’une expérience dont certains pressentent l’échec, en l’absence d’un débouché dit politique. Or, de leçon il n ‘est guère question dans les débats, sinon que l’expérience doit perdurer, le temps qu’il faudra, pour que chacun puisse prendre enfin le temps de la réflexion, à distance des échéances immédiates, qu’elles soient européennes, mondiales, politiques, économiques, sociales ou culturelles, auxquelles le citoyen.n.e et l’individu lambda n’a aucunement été associé. C’est pourquoi après des décennies de contraintes intériorisées, de lassitudes, de colères, de (...)

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    Pour une véritable révolution démocratique, tout reste à refaire

    par Christian Laval (professeur de sociologie à l’université Paris-Ouest Nanterre-La Défense), Francis Sitel (directeur de la revue Contretemps) et Michèle Riot-Sarcey (professeure d’histoire émérite à l’université Paris 8)

    24 août 2017

    A presque 100 jours de la prise de fonction d’Emmanuel Macron, trois représentants de la gauche critique qualifie ce mandat « d’ illusion moderniste » qui cache une crise profonde de notre démocratie également incarnée par le populisme de gauche.

    L’urgence de l’histoire

    par Natacha Coquery, Olivier Le Trocquer et Michèle Riot-Sarcey pour le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH)

    2 mai 2017

    Il est temps pour nous, membres du CVUH, de prendre position à une semaine du second tour de l’élection présidentielle, dans un climat politique singulièrement inquiétant, et tout particulièrement à gauche.

    L’urgence démocratique

    Pierre Dardot et Christian Laval

    31 mars 2017

    Au cours du débat télévisé du lundi 20 mars, François Fillon est apparu bien effacé et bien terne. On avait peine à reconnaître celui qui en avait solennellement appelé au jugement du peuple contre la justice. Cet appel a-t-il marqué un tournant ? On a relevé que l’axe de l’indépendance de la justice avait disparu subitement de son programme. On s’est à bon droit inquiété de la condamnation du « racisme antifrançais » par le même individu dans un meeting à Caen le 16 mars dernier, expression dont on sait qu’elle fut forgée par Jean-Marie Le Pen en 1977. On s’est à juste titre scandalisé de la caricature antisémite de Macron publié sur Twitter le 10 mars par Les Républicains. Cependant, la seule question qui vaille est de savoir comment interpréter ce qui ne relève pas d’écarts de langage mais d’une stratégie mûrement réfléchie. Dans un entretien au Monde, Pierre Rosanvallon a parlé à propos de la déclaration de Fillon de « tournant populiste » dans la campagne présidentielle, tout d’abord pour réunir Poutine, Orban, Trump et Erdogan sous ce terme de « populisme », ensuite pour associer Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dans une même « culture populiste » [1]. Selon Pierre Rosanvallon, ce qui serait en jeu ce serait une « conception de la démocratie » caractérisée par un refus des « pouvoirs neutres », c’est-à-dire irréductibles au pouvoir de la majorité électorale (cour constitutionnelle, autorités judiciaires, etc.). Mais quel crédit peut-on accorder à une catégorie dont le sens est aussi flexible ? Il nous semble tout d’abord indispensable de revenir de façon critique sur cette notion de « populisme ». Il en va en réalité de bien plus que d’une querelle terminologique et conceptuelle. La question est politique, et elle a deux volets qui sont liés. Il s’agit d’abord de savoir si ce terme suffit à caractériser la nature de l’extrême droite française. Il s’agit ensuite de savoir si la réponse politique de la gauche doit se définir sur ce même terrain du « populisme », comme certains seraient tentés de le faire en invoquant hâtivement l’exemple de Podemos.

    L’intervention directe

    Michèle Riot-Sarcey

    29 mars 2017

    Nous sommes nombreux à nous interroger sur la situation d’incertitude dans laquelle nous plonge la campagne électorale. Nous assistons au spectacle impuissants, silencieux et tentons vainement d’appréhender des enjeux indéchiffrables. Afin d’échapper à la justice, la droite s’enfonce dans une dérive qui frise l’inconscience. Pendant ce temps la vie réelle continue et se déroule au gré des manifestations contre les violences policières tandis qu’auprès des migrants, les associations se mobilisent et comblent, tant bien que mal, l’incurie des Etats français et européens. Et toujours les nouvelles des licenciements, ponctuées de grèves, apparaissent sur les écrans, entre deux prises de paroles des candidats et entre deux affaires.

    Pour la démocratie à venir, laissez parler les citoyens !

    Michèle Riot-Sarcey

    29 mars 2017

    Des petits collectifs de plus en plus nombreux, échangent, se lamentent, cherchent des solutions, des personnalités connues et moins connues, intellectuelles ou non, sont sollicitées afin d’apposer leur signature en bas de textes qui en appellent à la raison, à l’unité des candidats de gauche afin de rassembler le futur électorat et d’éviter la dispersion des voix. Les aspirants à la présidence de la République, semblent, en apparence, sensibles aux pressions des électeurs. Mais publiquement ils ne transmettent aucunement les propos critiques de ceux qui les interpellent. Nous le savons, « il n’est pas certain qu’un plus un fasse deux », selon les termes d’un des porte-paroles. Ces professionnels de la politique se sont auto proclamés représentants du peuple et rivalisent d’initiatives en « live », dans l’air du temps, entre blog et réseaux sociaux, images filmées, brèves interventions, régulièrement répétées avec formules choc, reproduites à l’infini. Les meetings ressemblent de plus en plus à un show télévisé. La jeunesse, toujours placée au premier rang détient une place de choix avec ses visages rayonnants, où la diversité « culturelle » est savamment dosée, cadrée dans l’image car il faut qu’elle soit vue.

    Le revenu universel contre le statut salarial

    Jean-Claude Mamet

    20 janvier 2017

    De tous les côtés de l’éventail politique, la préconisation d’un revenu universel ou revenu social garanti, est à la mode. Une multitude d’acteurs politiques s’empare de cette trouvaille -qui se discute depuis très longtemps dans un champ plus restreint et se ravive selon les moments- pour en faire le nouveau graal capable de résoudre une grande quantité de problèmes à la fois : la pauvreté qui s’accentue, la menace réputée inexorable d’une fin du travail en raison des capacités fantastiques des nouvelles technologies, menace plus massive encore que lors des crises économiques successives.
    Or ce débat est prégnant depuis très longtemps.

    Le dernier espoir

    6 octobre 2016

    Au temps du massacre du peuple syrien, face aux morts par centaines de ces derniers mois en Méditerranée, pendant le scandale du mur de Calais, à l’écoute des catastrophes répétées au Bangladesh dans les ateliers de textiles dont les grands groupes prestigieux occidentaux portent en large part de responsabilité, au présent de l’affaire Alstom, du procès de ce pitoyable Cahuzac et de l’affaire Bygmalion, cette liste infinie de drames et de scandales nous oblige à nous poser une question simple : que pouvons-nous espérer ?
    En ce temps défait, éclaté, où les mots les plus usités perdent leur sens, dans un espace fragmenté et concurrentiel où chacun ne voit plus l’autre que sous la figure d’un rival menaçant, le plus extraordinaire, le plus intolérable, c’est que nos (...)

    La nouvelle campagne de la légalité

    Manifeste des Juristes en Défense de la Constitution et de l’État de Droit au Brésil

    18 mai 2016

    La Présidente Dilma Roussef a été la cible d’attaques systématiques provenant de l’opposition politique, des grands médias et des secteurs conservateurs de la société, depuis l’annonce officielle de sa victoire au second tour des élections de 2014. Dans un premier temps, avant même que la Présidente ne soit investie de ses fonctions, l’opposition a initié une campagne destinée à répandre le doute quant à la confiance sur le dépouillement des votes et sur la régularité du système informatique électoral. Par un acte inédit depuis l’implantation du vote électronique (1996), la Tribunal Suprême Électoral a autorisé un audit à la demande du candidat vaincu, en l’absence de tout indice de fraude. Bien que cette première tentative de déstabilisation du gouvernement se soit soldée par (...)

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    Avoir mais ne pas être

    SRS – Prof des écoles dans le sud lyonnais 1er septembre 2016

    « Il ne travaille pas. Pourtant, il a tout ce qu’il veut ! Moi, j’en avais pas tant à son âge... ». Phrase mille fois entendue lors d’entretiens avec les parents de mes élèves de primaire. La mise en lien de la volonté d’apprendre et la possession d’objets est presque toujours évoquée lors de ces discussions. Dans tous les milieux sociaux. Il semblerait que le bonheur de posséder devrait suffire aux enfants pour leur donner envie d’apprendre et donc de grandir.
    Dès que l’enfant est en âge de toucher (...)

    Toujours à Montpellier, toujours sous état d’urgence éternel, 2016

    Jack Alanda 12 avril 2016

    « Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent. »
    (Robert Desnos, Demain)
    On ne va pas se mentir, on aime l’atmosphère qui règne cette nuit sur la place de la Comédie, d’ordinaire si insupportablement gentrifiée. Une ambiance assez éloignée de celle des grands soirs, mais d’une beauté inattendue.
    Heureux écosystème que cette foule diverse, à l’acné ravageur ou aux cheveux blancs ! Chacun semble ici trouver sa place, et l’on se situe bien au-delà du noyau (...)