Collectif critique

    La « loi travail » est dangereuse

    30 mars 2016

    On débat pour connaître les effets sur le chômage de la « loi travail ». Aucune étude empirique et aucun modèle théorique ne viennent confirmer un quelconque effet bénéfique général d’une flexibilisation du marché du travail sur le taux de chômage. Faut-il donc prendre au sérieux l’argument ? L’essentiel ne serait-il pas ailleurs ? La loi El Khomry, en donnant une valeur et une portée inédites aux « besoins des entreprises », c’est-à-dire en consacrant la priorité de la sécurité des propriétaires de l’entreprise sur la protection des salariés, réalise un grand bond en arrière sur le plan du droit social Sous prétexte de défendre l’emploi en sécurisant les entreprises quant aux risques (...)

    L’Union européenne en son miroir grec…

    17 mars 2016

    Du temps passé de sa prospérité et de son assurance, l’Union européenne offrait l’adhésion à une Grèce pauvre, mais si riche d’histoire, de culture et… d’atouts géopolitiques ! Cette même Grèce en élisant un gouvernement Syriza, qui s’engageait sur la voie de la rupture avec l’austérité et la tutelle de la troïka, a osé défier les instances européennes et porter atteinte au sacro-saint ultralibéralisme. Ce pourquoi les classes dirigeantes n’ont eu de cesse de briser l’élan du peuple grec, et d’étouffer ce qui risquait de s’avérer exemplaire pour les autres peuples du continent. La Grèce étant une nation membre de plein droit de l’Union, il n’y avait nulle raison à l’appauvrir économiquement, à (...)

    Calais, les migrants et le Premier Ministre : un camp de concentration ouvert à l’expulsion

    15 mars 2016

    C’est donc fait. À l’écart de la ville de Calais, sur un terrain insalubre adossé à la rocade d’autoroute qui conduit d’un côté au port des ferries et de l’autre à la zone d’embarquement du tunnel sous la Manche, dans le voisinage immédiat des terrains pollués de l’entreprise de produits chimiques Tioxide, le Premier ministre, Manuel Valls, a fait entasser un centaine de conteneurs de métal blanc. Avec des point d’eau et des toilettes extérieures, sans cuisine, cet ensemble cellulaire de 125 boîtes en alu est destiné à « accueillir », dans des chambres à douze couchettes superposées, 1500 parmi les 6000 à 7000 exilées et exilés qui tentent désespérément de gagner l’Angleterre. Entouré (...)

    L’islam vu par l’Occident, un pan oublié des tragédies du monde arabe

    12 mars 2016

    Parmi les nombreuses tragédies qui déchirent aujourd’hui le Moyen Orient, il en est une dont on parle peu, et qui produit pourtant des effets redoutables, c’est la tragédie du regard - ou plutôt des regards - que porte l’Occident sur ce qu’il appelle l’islam. A de rares exceptions près, aucune des représentations que proposent ses penseurs et ses élites de cet objet de plus en plus mal identifié n’est capable d’apporter sa contribution à la solution des problèmes moyen-orientaux. Toutes ou presque servent en revanche à alimenter les feux qui consument aujourd’hui la région. Voici, à titre d’exemple, ce qu’on a pu entendre au cours d’un matin ordinaire de journaux d’information sur (...)

    La Politique et la Cité

    8 mars 2016

    La politique est devenue un objet de moquerie, voire de répulsion. Peut-on la réhabiliter ? Les mots sont usés ou trahis. La Politique est ici employé au sens de projet pour la Cité commune, bien qu’il ait aussi d’autres sens. Et notamment : Le politique comme champ de confrontation pour le pouvoir. Nous y reviendrons. Nous avons besoin d’une réflexion nouvelle sur le sens usuel des mots de la politique : la gauche, le socialisme, le communisme, l’écologie, et même l’éclat de l’autogestion après 1968. Le mot commun fait aujourd’hui son chemin, non sans confusion. Par exemple on ne sait plus parler des services publics, alors on les nomme « biens communs ». Mais cela peut rétrécir (...)

    L’Europe : une crise des fondations

    9 février 2016

    Crise des migrants, menace d’une sortie de la Grande-Bretagne, résurgence du nationalisme sous ses formes les plus virulentes : l’Europe tremble sur ses bases. La crise de l’Europe n’est pas due à son inachèvement, c’est une crise ouverte de ses fondations. Son fonctionnement actuel obéit en effet aux principes de l’ordolibéralisme, une forme spécifique de néolibéralisme auquel se sont ralliés dès les années 50 les “constructeurs” de l’Europe. Trois “règles d’or” commandent ce fonctionnement : la stabilité monétaire, l’équilibre budgétaire, la concurrence libre et non faussée. Ces règles d’or sont “constitutionnalisées” dans les traités et placées sous la surveillance vigilante des (...)

    Refonder la démocratie du « commun »

    9 février 2016

    La démocratie représentative est en crise, tout le monde en convient. Au lieu d’être une expression du peuple dans un mouvement d’auto-organisation libre et souveraine, sa forme dite représentative, construite au cours du XIXe siècle, a été préemptée, tout au long du XXe, siècle par les professionnels de la politique. Des décennies de délégation de pouvoirs ont habitué la population à « librement se soumettre » en se dessaisissant de ses droits, au profit de ceux censés disposer « d’une raison supérieure », selon les termes de François Guizot, l’un des fondateurs du libéralisme politique. Aujourd’hui, la délégation de pouvoirs semble aller de soi dans notre démocratie si peu conforme aux (...)

    Construire un savoir critique

    3 février 2016

    Pas de démocratie sans débats, pas de débats sans savoir, pas d’émancipation possible sans un regard critique sur le monde, telles sont les conditions de l’organisation collective d’une société où les individus, actifs dans l’espace social, participent pleinement à la conduite du pays. Afin d’éviter les prises de pouvoirs par ceux qui savent, il devient impératif de considérer l’appropriation du savoir par tous et pour tous comme la condition première de l’expression de la liberté, seule garante de la démocratie réelle. Depuis que chacun en a mesuré le prix, la maitrise de ce mouvement de penser n’a cessé d’être confisquée par les hommes de pouvoir.
    Dès le XVIIIe siècle, les Lumières (...)

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    L’urgence de l’histoire

    par Natacha Coquery, Olivier Le Trocquer et Michèle Riot-Sarcey pour le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH)

    2 mai 2017

    Il est temps pour nous, membres du CVUH, de prendre position à une semaine du second tour de l’élection présidentielle, dans un climat politique singulièrement inquiétant, et tout particulièrement à gauche.

    L’urgence démocratique

    Pierre Dardot et Christian Laval

    31 mars 2017

    Au cours du débat télévisé du lundi 20 mars, François Fillon est apparu bien effacé et bien terne. On avait peine à reconnaître celui qui en avait solennellement appelé au jugement du peuple contre la justice. Cet appel a-t-il marqué un tournant ? On a relevé que l’axe de l’indépendance de la justice avait disparu subitement de son programme. On s’est à bon droit inquiété de la condamnation du « racisme antifrançais » par le même individu dans un meeting à Caen le 16 mars dernier, expression dont on sait qu’elle fut forgée par Jean-Marie Le Pen en 1977. On s’est à juste titre scandalisé de la caricature antisémite de Macron publié sur Twitter le 10 mars par Les Républicains. Cependant, la seule question qui vaille est de savoir comment interpréter ce qui ne relève pas d’écarts de langage mais d’une stratégie mûrement réfléchie. Dans un entretien au Monde, Pierre Rosanvallon a parlé à propos de la déclaration de Fillon de « tournant populiste » dans la campagne présidentielle, tout d’abord pour réunir Poutine, Orban, Trump et Erdogan sous ce terme de « populisme », ensuite pour associer Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dans une même « culture populiste » [1]. Selon Pierre Rosanvallon, ce qui serait en jeu ce serait une « conception de la démocratie » caractérisée par un refus des « pouvoirs neutres », c’est-à-dire irréductibles au pouvoir de la majorité électorale (cour constitutionnelle, autorités judiciaires, etc.). Mais quel crédit peut-on accorder à une catégorie dont le sens est aussi flexible ? Il nous semble tout d’abord indispensable de revenir de façon critique sur cette notion de « populisme ». Il en va en réalité de bien plus que d’une querelle terminologique et conceptuelle. La question est politique, et elle a deux volets qui sont liés. Il s’agit d’abord de savoir si ce terme suffit à caractériser la nature de l’extrême droite française. Il s’agit ensuite de savoir si la réponse politique de la gauche doit se définir sur ce même terrain du « populisme », comme certains seraient tentés de le faire en invoquant hâtivement l’exemple de Podemos.

    L’intervention directe

    Michèle Riot-Sarcey

    29 mars 2017

    Nous sommes nombreux à nous interroger sur la situation d’incertitude dans laquelle nous plonge la campagne électorale. Nous assistons au spectacle impuissants, silencieux et tentons vainement d’appréhender des enjeux indéchiffrables. Afin d’échapper à la justice, la droite s’enfonce dans une dérive qui frise l’inconscience. Pendant ce temps la vie réelle continue et se déroule au gré des manifestations contre les violences policières tandis qu’auprès des migrants, les associations se mobilisent et comblent, tant bien que mal, l’incurie des Etats français et européens. Et toujours les nouvelles des licenciements, ponctuées de grèves, apparaissent sur les écrans, entre deux prises de paroles des candidats et entre deux affaires.

    Pour la démocratie à venir, laissez parler les citoyens !

    Michèle Riot-Sarcey

    29 mars 2017

    Des petits collectifs de plus en plus nombreux, échangent, se lamentent, cherchent des solutions, des personnalités connues et moins connues, intellectuelles ou non, sont sollicitées afin d’apposer leur signature en bas de textes qui en appellent à la raison, à l’unité des candidats de gauche afin de rassembler le futur électorat et d’éviter la dispersion des voix. Les aspirants à la présidence de la République, semblent, en apparence, sensibles aux pressions des électeurs. Mais publiquement ils ne transmettent aucunement les propos critiques de ceux qui les interpellent. Nous le savons, « il n’est pas certain qu’un plus un fasse deux », selon les termes d’un des porte-paroles. Ces professionnels de la politique se sont auto proclamés représentants du peuple et rivalisent d’initiatives en « live », dans l’air du temps, entre blog et réseaux sociaux, images filmées, brèves interventions, régulièrement répétées avec formules choc, reproduites à l’infini. Les meetings ressemblent de plus en plus à un show télévisé. La jeunesse, toujours placée au premier rang détient une place de choix avec ses visages rayonnants, où la diversité « culturelle » est savamment dosée, cadrée dans l’image car il faut qu’elle soit vue.

    Le revenu universel contre le statut salarial

    Jean-Claude Mamet

    20 janvier 2017

    De tous les côtés de l’éventail politique, la préconisation d’un revenu universel ou revenu social garanti, est à la mode. Une multitude d’acteurs politiques s’empare de cette trouvaille -qui se discute depuis très longtemps dans un champ plus restreint et se ravive selon les moments- pour en faire le nouveau graal capable de résoudre une grande quantité de problèmes à la fois : la pauvreté qui s’accentue, la menace réputée inexorable d’une fin du travail en raison des capacités fantastiques des nouvelles technologies, menace plus massive encore que lors des crises économiques successives.
    Or ce débat est prégnant depuis très longtemps.

    Le dernier espoir

    6 octobre 2016

    Au temps du massacre du peuple syrien, face aux morts par centaines de ces derniers mois en Méditerranée, pendant le scandale du mur de Calais, à l’écoute des catastrophes répétées au Bangladesh dans les ateliers de textiles dont les grands groupes prestigieux occidentaux portent en large part de responsabilité, au présent de l’affaire Alstom, du procès de ce pitoyable Cahuzac et de l’affaire Bygmalion, cette liste infinie de drames et de scandales nous oblige à nous poser une question simple : que pouvons-nous espérer ?
    En ce temps défait, éclaté, où les mots les plus usités perdent leur sens, dans un espace fragmenté et concurrentiel où chacun ne voit plus l’autre que sous la figure d’un rival menaçant, le plus extraordinaire, le plus intolérable, c’est que nos (...)

    La nouvelle campagne de la légalité

    Manifeste des Juristes en Défense de la Constitution et de l’État de Droit au Brésil

    18 mai 2016

    La Présidente Dilma Roussef a été la cible d’attaques systématiques provenant de l’opposition politique, des grands médias et des secteurs conservateurs de la société, depuis l’annonce officielle de sa victoire au second tour des élections de 2014. Dans un premier temps, avant même que la Présidente ne soit investie de ses fonctions, l’opposition a initié une campagne destinée à répandre le doute quant à la confiance sur le dépouillement des votes et sur la régularité du système informatique électoral. Par un acte inédit depuis l’implantation du vote électronique (1996), la Tribunal Suprême Électoral a autorisé un audit à la demande du candidat vaincu, en l’absence de tout indice de fraude. Bien que cette première tentative de déstabilisation du gouvernement se soit soldée par (...)

    Ben Gardane, un échec malgré tout

    Kmar Bendana

    10 mars 2016

    L’attaque de Ben Gardane du 7 mars est grave mais elle n’est ni démobilisatrice, ni dénuée de signaux positifs. Il n’y a qu’à voir la manière dont les forces armées et les habitants de Ben Gardane ont réagi. On se rappelle les prises de Mossoul et un peu moins la prise de Sabrata que les médias ont relayés. On a vu des populations quitter les lieux et des images qui montrent une défaite... (alors que d’autres populations sont restées sur place). Les vidéos qui circulent en Tunisie montrent un soutien de la population aux forces locales. Sept (7) civils sont morts à côté des onze (11) policiers et soldats qui sont tombés. Le soutien spontané apporté à l’armée et de la police (dépassées mais pas sans ressort) a été lourd en pertes...35 attaquants ont été (...)

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    Avoir mais ne pas être

    SRS – Prof des écoles dans le sud lyonnais 1er septembre 2016

    « Il ne travaille pas. Pourtant, il a tout ce qu’il veut ! Moi, j’en avais pas tant à son âge... ». Phrase mille fois entendue lors d’entretiens avec les parents de mes élèves de primaire. La mise en lien de la volonté d’apprendre et la possession d’objets est presque toujours évoquée lors de ces discussions. Dans tous les milieux sociaux. Il semblerait que le bonheur de posséder devrait suffire aux enfants pour leur donner envie d’apprendre et donc de grandir.
    Dès que l’enfant est en âge de toucher (...)

    Toujours à Montpellier, toujours sous état d’urgence éternel, 2016

    Jack Alanda 12 avril 2016

    « Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent. »
    (Robert Desnos, Demain)
    On ne va pas se mentir, on aime l’atmosphère qui règne cette nuit sur la place de la Comédie, d’ordinaire si insupportablement gentrifiée. Une ambiance assez éloignée de celle des grands soirs, mais d’une beauté inattendue.
    Heureux écosystème que cette foule diverse, à l’acné ravageur ou aux cheveux blancs ! Chacun semble ici trouver sa place, et l’on se situe bien au-delà du noyau (...)